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La présentation


 
 
 
Nina avait été précise dans ce dernier courrier de juin.

"Tu demanderas la chambre 19.
Elle t'est réservée pour deux jours. Tu pourras y laisser tes bagages.
Tu verras sur le lit, un paquet avec des instructions.
Il faut que tu les suives à la lettre.
Si tu le veux toujours...
Rappelle toi que tu es libre de refuser ce qui suivra.

Bisous
Nina

P.S. : prévoie d'emporter une ou deux paires de bas noirs, un porte-jarretelles et une paire de chaussures à hauts talons."

Nina. J'avais appris à la connaître dans ces conversations que nous avions dans ce club virtuel.
Je savais que derrière elle il y avait  Maître Pierre et peut être d'autres aussi.
J'avais déjà refusé l'invitation deux fois.
De la peur, de la honte. Trop vieille pour cela.
Et puis j'avais accepté. Prétextant une réunion, j'avais pris le train pour me rendre à Paris, dans ce petit hôtel du boulevard St Germain.
A la réception, la femme, petite dame boulotte, n'avait fait aucune difficulté, aucune remarque. Elle m'avait simplement tendu la clef avant de replonger dans son tricot.
C'était au premier, une petite chambre proprette, toute fleurie qui sentait bon la lavande.
Le paquet était bien là, posé sur le lit. Un simple paquet de papier kraft. Scotché.
Je l'avais ouvert. Oh pas tout de suite Il m'avait fallu du temps. Celui d'une cigarette qui avait retardé l'instant.
Mes mains tremblaient un peu alors que j'avais déchiré le papier.
Une enveloppe était tombée sur le dessus de lit. Puis j'avais découvert un chemisier de soie, grège. Et une jupe noire de vinyle, imitation cuir, zippée devant. Courte, très courte.
L'enveloppe contenait les instructions :

"Ceci est votre tenue pour votre présentation.
Vous la compléterez simplement d'un porte-jarretelles à votre convenance, de bas noirs fins et de la paire d'escarpins que vous avez du apporter. Choses trop personnelles pour que nous puissions vous les fournir.
Rien d'autre, je dis bien rien d'autre, ne vous ait autorisé.
Une fois vêtue ainsi, vous attendrez en bas devant l'hotel.
N'ayez aucune crainte, on vous reconnaîtra à votre tenue.
Une voiture viendra vous prendre.

Nous vous attendons.

Si vous le désirez..."


 
Ce n'était pas Nina qui avait écrit. Le ton était ferme, presque impérieux.
Je m'étais sentie ridicule, un peu folle aussi.
Mais je m'étais déshabillée. J'avais agrafé ce large porte-jarretelles de dentelle blanche de chez Lise C. et délicatement enfilé mes bas. Mais j'avais conservé la chaînette d'or. Et tandis que je bouclais la bride de mes escarpins, l'or palpitait doucement sous le voile noir qui gainait ma cheville gauche.
Tant pis, après tout si je transgressais la règle, j'en appréciai la caresse et la douce chaleur.
J'avais boutonné le chemisier, presque jusqu'en haut, sur mes seins libres, avant de me glisser dans cette jupe et d'en baisser la fermeture éclair.
Je rehaussai d'un rouge écarlate mes lèvres, achevai de peindre mes yeux.
L'image que reflètait le miroir était d'une troublante perversité. Par les matières et les formes.
Le tissu noble, délicat du chemisier contrastait avec la vulgarité du skaï et le métal de la fermeture éclair. L'apparence sage du haut, avec les manches longues, le col claudine était démentie par la fluidité et la transparence de la soie et par l'ourlet de la jupe qui découvrait le haut des bas. 
Me reconnaître ? Evidemment. Ainsi vêtue, j'avais l'air d'une fille. Que la jupe était courte ! Et le corsage masquait à peine l'aréole de mes seins nus. Et dessous, cette impression de vulnérabilité, de totale nudité.
Je m'étais enfin décidée à sortir de la chambre, avais remis le plus discrètement possible, la clef à la réception. La dame n'avait même pas levé les yeux.
Et depuis j'attendais ...
Il faisait déjà chaud. Je me sentais exposée sur ce trottoir. Et les coups de klaxons me l'avaient rappelé ainsi que les ralentissements qui m'avaient fait détourner la tête. Et cette fermeture éclair qui n'arrêtait pas de remonter.
Et puis une voiture ancienne au capot démesuré, aux vitres sombres s'était arrêtée. La portière s'était ouverte et une voix de femme m'avait apostrophée.
"Monte Agnès, c'est Nina"
 

Je m'étais précipitée, soulagée enfin de me jeter dans les filets que j'avais moi-même tissés.


 
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