Suite

 
 
 
 
Où l'on verra un saint homme oeuvrer modestement pour le salut de l'âme d'une pécheresse.
Où il sera démontré que l'ignorance et l'innocence même des petites gens ne sont qu'oripeaux clinquants 
sous lesquels se dissimulent la noirceur menaçante et la perversité immonde de Satan.

Of the humbly work of a prayest to save a lost soul.
Of the innocence and ignorance of simple people.
And how Satan used both of it to lure his victims into his dark perversity and foiled purpose.
 
 

 


 
Blandine employée de maison, depuis peu, dans ce manoir de l'Indre par une riche famille, était montée se coucher après son service du soir. Comme tous les soirs elle avait porté le cognac à Monsieur dans un grand verre de cristal ; à Madame, sa tisane, mélange de sauge et de verveine et au cousin de Madame, le Père Georges, prêtre dans la paroisse voisine de Bellâbre, un petit verre de cette liqueur douceâtre qu'il affectionnait, à base de brou de noix.
Après s'être déshabillée, elle avait soigneusement suspendu sa jupe noire et son chemisier blanc dans la petite armoire. Elle avait posé sur le dossier de la chaise, son tablier blanc et sa coiffe empesée et par-dessus, précautionneusement ses bas noirs (ils coûtaient si cher chez la mercière du village).
Puis comme tous les soirs, elle se prépara à sa prière. Pour les enfants de cette maison (si gentils, surtout la petite Elodie si mignonne avec ses longues boucles brunes), pour la dame de la poste atteinte d'une grave maladie et qui l'aidait si gentiment à remplir les mandats qu'elle envoyait régulièrement à ses vieux parents adoptifs.
Cette nuit d'août était orageuse. De gros nuages s'amoncelaient au-dessus du bois du Carroir et l'air dans la mansarde qui lui tenait lieu de chambre était lourd, étouffant. Une mouche bourdonnait, se cognant parfois à l'applique murale éclairant chichement la pièce (il y en avait une deuxième, mais l'ampoule était grillée depuis si longtemps). Et tous ces curieux meubles anciens, dont elle ignorait l'utilité et qui encombraient le fond de la soupente, ces chaînes et ces liens probablement destinés autrefois à suspendre des simples afin qu'elles sèchent (comme dans la ferme de ses parents au hameau de la Gaillarde) ; tout ce mobilier disparate contribuait à appesantir encore la touffeur, la sensation de claustration. Avant que de passer sa chemise de nuit en percale fleurie, elle hésita. Il faisait tellement chaud. Les fines gouttes de sueur qui perlaient entre ses seins, la moiteur qu'elle sentait sous ses aisselles, la décidèrent enfin.
Blandine prierait nue, parée de sa seule innocence, du seul don qu'elle n'ait jamais reçu du Bon Dieu. Elle s'abîma dans la dévotion. Toute à la pureté des prières qu'elle adressait à la Bonne Dame des Enfants perdus, elle n'entendit pas la porte de sa chambre s'ouvrir.
Une main dure, comme une serre, lui empoigna le bras l'obligeant à se redresser. C'était le cousin de Madame, le père Georges. Elle se retrouva face à lui. Il la dominait de sa haute taille qu'accentuait encore la maigreur d'ascète du prêtre. Ses yeux flamboyaient, habités d'un saint courroux.
" Pécheresse, vous n'êtes qu'une pécheresse. Osez vous présenter devant votre Créateur dans cette tenue. Et ma sainte cousine qui par pure charité, accueille sous son toit une enfant prétendument innocente mais qui est en réalité une prostituée de Babylone.
Il ne criait pas, mais sa voix sifflait, grondait comme un vent d'orage.
Accablée par ces invectives, Blandine se recroquevilla, tomba à genou sur le plancher usé de la mansarde.
" Mon Père, je vous prie de me pardonner, je ne savais pas, il faisait si chaud ... "
Son coeur battait à tout rompre. A l'apparition brusque du prêtre, l'effroi l'avait saisie, comme l'éclair effraie la tendre biche.
" Vous vous êtes jetée dans les bras lubriques du démon. Fille perdue, l'Enfer s'ouvre sous vos pieds. Cette chair lubrique que vous étalez sans vergogne, ces appâts démoniaques que vous exposez à ma vue, vous ont entraînée vers l'abîme du péché mortel. Il faut vous repentir pour sauver votre âme. Et seule une pénitence consentie peut veut mener sur le sentier de l'absolution en évitant les pièges de Satan. "
" Confessez moi mon Père. Que Notre Dame me pardonne, ma faute n'était que de l'ignorance "
" Ma fille, l'ignorance dans votre cas est un péché. Par vos paroles même, vous souillez la bonté de la Mère de Notre Seigneur. Mais je conçois votre égarement et ferais tout pour vous amener humblement sur le banc de la confession. Mais tout d'abord il me faut vous contraindre à la prière. Lorsque vos prières auront suffisamment purifié votre âme, qu'elles s'envoleront légères et pures vers le ciel, alors je consentirai à entendre votre confession. Mais avant toute chose, il faut que ces prières se fassent dans le silence de votre âme égarée. Nul ne doit entendre ces lèvres impures proférer une prière qui ne saurait qu'être blasphématoire. Votre âme seule doit prier. "
En prononçant ces paroles, il avait saisi d'une main les cheveux de Blandine, lui tirant la tête en arrière. De l'autre, il força ses lèvres d'une boule de cuir qu'une lanière rapidement nouée derrière le cou maintint en place. Blandine comprenait. Rendue muette par ce bâillon qui distendait sa bouche, elle ne pouvait qu'à peine gémir. Et pour cette raison, ses prières, sans le truchement de la voix, ne pourraient qu'émouvoir la Sainte Vierge.
Le père la força à se relever et à se diriger vers le lit.
" Couvrez vous pécheresse. Remettez vos bas et les jarretelles. Dorénavant vous porterez ces instruments de pénitence lors de vos prières. "
Tandis qu'elle agrafait son porte-jarretelles, il lui désignait une grande culotte flottante et des chaussures, comme elle n'en avait jamais vues.
La culotte était de tulle blanc, très transparente, avec une bordure de dentelle et les chaussures de cuir noir verni avaient un talon qu'elle n'aurait pas imaginé exister.
C'était véritablement des instruments de pénitence. Blandine, qui était habituée à ses culottes de coton, trouva que le tissu la grattait. Quant aux chaussures… Ses pieds rentraient à peine dedans et lorsqu'elle se releva après s'être ainsi habillée, elle manqua perdre l'équilibre.
" N'ayez crainte, mon enfant. Vous avez gravement péché, certes, mais le Seigneur qui est juste et miséricordieux veille sur vous par le biais de ce collier. "
C'était un large collier de cuir clouté, comme ceux des chiens de meute. Et il fut promptement assujetti au cou de notre héroïne par un cadenas de bronze avant d'être accroché à une chaîne qui pendait du plafond de la mansarde.
Blandine, contrite et honteuse de tant de bonté de la part de son confesseur, écouta la suite.
" J'applique les méthodes de pénitence qu'un pasteur anglais, le Révérend Willie, a longuement décrit dans un ouvrage précieux. De la même manière que j'ai forcé votre bouche au silence, il me faudra vous faire oublier ce corps qui est un appel à la luxure. Qu'il soit immobilisé, que vos mains ne puissent se livrer à une besogne que la morale et Notre Seigneur réprouvent. "
Il lui avait lié les poignets derrière le dos et poursuivant son homélie, il entreprit de lui ligoter les coudes. Il serra vigoureusement les liens et le torse de Blandine se cabra lorsque ses coudes furent complètement entravés, se touchant l'un, l'autre.
" Ainsi que ces mamelles heureusement placées là par notre Créateur pour nourrir les fruits d'une Sainte Union et que vous transformez en objets impurs par le simple fait d'apparaître nue devant la Sainte Vierge. "
Le bon Père enroula une corde autour de la poitrine de Blandine, au-dessus puis en dessous de ses seins. Il termina par la taille qu'il enserra de deux tours avant d'achever cet ouvrage pieux par une brutale traction sur les deux extrémités de la corde qu'il noua par devant.
La corde se tendit, restreignant la taille, puis la poitrine, mordant la chair tendre des seins de Blandine qui crut perdre le souffle. Ses jambes s'affaissèrent, elle trébucha, mais le collier la retint. Elle manqua s'étrangler avant que le Père, charitable, l'aidât à se redresser.
" Ma fille vous voici en situation de pénitence. Songez donc à votre Sainte Patronne qui périt, livrée aux bêtes féroces par des païens. Ne ressentez vous pas le souffle du démon s'échapper de votre corps soumis à la contrainte. "
Blandine gémit un oui assourdi au travers du bâillon. Ses bras, ses poignets ligotés, sa poitrine garrottée, ressentaient les brûlures du démon. Elle respirait rapidement, le souffle court : le démon effectivement voulait sortir de son corps souillé. Tant de bonté de la part du cousin de Madame, son aide qu'il lui apportait afin qu'elle gagnât son salut, l'émouvait au plus profond d'elle-même. Une reconnaissance infinie emplit ses pensées, et des larmes lui vinrent aux yeux. Elle sut alors que tout cet appareillage de cordes, de chaînes et de cuir l'emporterait vers la Rédemption de ses péchés.
Le Saint Homme lui caressa gentiment les cheveux, lui enleva ses lunettes et recula. Il la bénit d'un signe de croix et la quitta sur quelques mots.
" Priez ma pauvre fille. Priez de toute votre âme éperdue. Je viendrais à l'aube vous débarrasser de ces instruments. "
Il s'éloigna, éteint la lumière et ferma la porte.
Blandine se retrouva debout dans le noir, seule. Dans la tenue de pénitente qui était sienne, bâillonnée, entravée, juchée sur ces hauts talons, elle se mit à prier. Et tandis que dehors, le vent chassait l'orage, les suppliques muettes de Blandine montèrent vers les cieux.

Seraient elles entendues par la Mère de Notre Seigneur ?

Premier soir


 
 
 
 
 
 
 Suite